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Isabelle Ménival
Ménival

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Khôl



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Isabelle Ménival a 16 ans en juin 2012 à la sortie de Khôl son premier livre.
Elle est alors simplement une élève brillante et singulière en classe de première à Caen.  L’écriture et à la lecture sont ancrées dans sa vie, notamment depuis la rencontre avec la poésie grâce à son instituteur en classe primaire.



 

CCP Cahier critique de poésie n°25  -2013


YVES BOUDIER
On serait tenté de penser : tel Rimbaud, dans ce temps qui
précéda sa traversée vers l'écriture, vers ce paysage-miroir
déformant qu'offre l'errance des pas et du poème qui
s'invente. Que peut-il advenir dans cette plongée de l'âme et
du regard au-delà du temps si proche et encore adhérent
d'une jeunesse vécue pour s'arracher à soi, pour courir le
risque de basculer dans l'écriture par le travail de l'écriture
elle-même? La violence détournée devient l'outil de
I'aequiescement au vivre. Conflit du corps de chair et du
corps écrit : sonder le vide, s'accouder à
< cette
rambarde
»; soulevé par une histoire tout entière captive,
serrée au cœur momifié, et aux membres noué.

< penses-tu toujours que nous sommes un exil? » Un siècle
plus tard,
(Dis-moi, Blaise ... ), la même demande, la même
adresse, mais offrant une réponse qui déplace l'angoisse et
la transcende.
À la parole de Cendrars : « Et j'étais déjà si
mauvais poète / Que je ne savais pas aller jusqu'au bout
»,
Isabelle Ménival ose ajouter : « moi qui ne sais pas faire
avec / mes mains
». Elle affirme ainsi que l'écriture du
poème s'origine et se forge au cœur du corps et de la trace
déposée sur les pages qui font un premier livre, seuil franchi
d'une vie qui se dévouera désormais à mettre en vis-à-vis
(vie à vie?) le
« tu » inaugural du livre avec le < je » final,
absolue ipséité prête à en découdre avec le monde et le
sacrifice du
« on », Une lucidité conquise, la haine de soi
mutée en énergie grégaire sans illusions, consciente de
l'apaisement nécessaire à la rencontre de l'Autre.
Khôl, ou
comment passer de l'adresse intime comme hallucination de
soi à la genèse d'une identité, fragile mais résolue,
« et même
mon exil n'est que par cet orgueil
».






lundi 28 mai 2012

POEZIBAO
[note de lecture] "Khôl" d'Isabelle Ménival, par Bruno Fern

 

MénivalQui dit poème dit (ou devrait dire) travail de la langue, non pas uniquement par souci de la forme mais pour mieux, par ce travail même, « supporter l’angoisse du Rien, l’absence de la vie »1 et tenter ainsi d’y (re)naître différemment. Si l’on admet cette double nécessité, alors le livre d’Isabelle Ménival, écrit à 14 ans et demi, paraît plutôt prometteur. 
D’emblée, la phrase de Proust mise en exergue2 place l’ouvrage sous deux signes contradictoires : celui de la passion amoureuse et celui du détachement ou, du moins, d’une prise de distance que l’écriture prolonge à sa manière. De plus, cette expérience s’est faite ici à travers celle qui mène de l’enfance encore toute proche à un temps où corps et monde sont appréhendés sous d’autres angles – dont certains s’avèrent forcément coupants. 
Le texte liminaire précise à la fois l’importance et les limites de ce qui a eu lieu, exposant presque symétriquement le désir d’un parfait alter ego et le deuil d’un tel rêve, les choses étant dites à présent dénouées, sans oublier de souligner à quel point tout fut si précoce : « mes mains se perdent // si petites / dans un si grand écart ». Ensuite – la plupart du temps dans un tutoiement adressé non seulement à l’être aimé mais aussi à un double qui rend peu à peu étranger à ce que l’on croyait être soi –  l’histoire est déroulée : « où les désirs / se contractent plus denses / enfin on peut // les lettrer ». Composée d’interrogations, d’accords et de ruptures que le phrasé épouse, entre prose et vers vraiment libres (comptés ou pas, avec ou sans rimes, respectant la syntaxe ou bancals), c’est « une histoire d’inversion  / là qui allait chercher dans l’autre inconnu(e) indéterminé(e) / l’enfance interminable ». Elle ne se réduit ni à l’étalage des premiers émois ni à un huis clos puisque cet amour-là ne saurait être pleinement heureux tant il se sait cerné par la rumeur de l’Histoire, par tous ces faits qu’il lui faut – selon l’injonction des dernières pages –  regarder et qui touchent autrement au sentiment d’une supposée innocence : « Un journal comme chaque / Fois que Shakespeare s’évapore / Un ou deux morts en Irak / Gaza encore » – surtout quand c’est l’enfance elle-même qui est gravement atteinte à cause de la guerre ou de la misère. 
Outre la variété prosodique évoquée ci-dessus, l’écriture possède déjà quelques qualités qui ne sont pas si fréquentes. En effet, I. Ménival évite autant d’adopter la conception tenace d’un lexique prétendument poétique que son contre-pied systématique ; elle sait parfois jouer subtilement avec la langue (« ma chère / tout se désincarne ») et faire preuve d’humour, trait particulièrement bienvenu quand le tragique menace : « à travers la fenêtre / le building compresse en tes yeux 462 vies d’assiettes qui volent de rideaux tirés et des roses // tu te sens encore très loin du trottoir qui s’approche ». 
Au bout du compte, ce livre aura probablement contribué à la quête d’une identité, non pas au sens d’un devenir adulte figé mais plutôt d’une immaturité assumée qui refuserait les masques : « je te dis cela / en riant parce que je n’ai plus peur / mon corps n’est plus qu’un fil / je ne tiens plus qu’à ça » – bref, d’une fragilité suffisamment forte. 
 
[Bruno Fern] 
 
 
1Jude Stéfan, Variété VI
2 « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! », Du côté de chez Swann
 
Khôl, Isabelle Ménival, éditions Argol, avril 2012, 15 €















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