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Jean-Michel Espitallier

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JEAN-MICHEL ESPITALLIER est né le 4 octobre 1957 à Barcelonnette. Il vit à Paris. Ecrivain inclassable (« Wittgenstein à la façon d’un Alphonse Allais » écrit Eric Loret dans Libération), il joue sur plusieurs claviers et selon des modes opératoires constamment renouvelés. Entre rire jaune, tension comique et dérision, sa poésie, proche en cela de l’art contemporain, use de la plus radicale fantaisie pour coller un faux-nez au tragique et à l’esprit de sérieux mais aussi pour faire voler en éclat et problématiser encore davantage, la notion de genre et les frontières esthétiques (donc éthiques…). Il écrit des livres, joue de la batterie, invente des objets sonores, touche à tout ce qui le touche. Cofondateur de la revue Java (1989-2006), il travaille actuellement sur plusieurs projets multimédias et mène parallèlement une carrière de batteur, notamment avec le bassiste Kasper Toeplitz et le guitariste Olivier Mellano.


Bibliographie : • Ponts de frappe, Fourbis, 1995. • Pièces détachées, une anthologie de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2000. Nouvelle édition, 2011. • Gasoil : prises de guerre, Flammarion, 2000. • Fantaisie bouchère, Derrière la Salle de Bain, 2001 (et édition bilingue français-anglais, Duration Press, New York, 2004). • Le Théorème d’Espitallier, Flammarion, 2003. • En Guerre, Inventaire-invention, 2004. • Où va-t-on ? (extrait), Le Bleu du ciel, coll. « L’Affiche de poésie », 2004. • Toujours jamais pareil (avec Pierre Mabille), Le Bleu du ciel, 2005. • Caisse à outils, un panorama de la poésie française aujourd’hui, Pocket, 2006. Nouvelle édition, 2014. • Tractatus logo mecanicus (pensum), Al Dante, 2006. • Army, Al Dante, 2008. • Syd Barrett, le rock et autres trucs, Editions Philippe Rey, 2009. • Introduction à Sac à dos, anthologie de poésie contemporaine pour lecteurs en herbe, Le Mot et le reste, 2009. • Cent quarante-huit propositions sur la vie et la mort et autres petits traités, Al Dante, 2011 (Prix des lycéens d’Ile-de-France, 2012). • En Guerre. Version numérique remixée par François Bon, publie.net, 2011. • Z5, avec des photographies de Lisa Ricciotti, Al Dante, 2011. • De la célébrité : théorie & pratique, Editions 10/18, 2012. • L’invention de la course à pied, Al Dante, 2013. • Un rivet à Tanger, CIPM, 2013. • Salle des machines, Flammarion, 2015. Créations • Londres – une féerie industrielle (pièce sonore), La Maison des Ailleurs (Maison Rimbaud), Charleville-Mézières, 2004 (collection permanente). • Agora, de Simon Siegmann. Avec Pierre Droulers (chorégraphie), Simon Siegmann (installation), George Van Dam & Ictus (musique), Kunstenfestival des arts, Bruxelles, mai 2005. • Autobiographie (textes, son, percussions), collectif Vox Hôtel, Théâtre des Bernardines, Marseille, novembre 2006 (texte et CD, Editions du Néant, 2006). • Syd Barrett quand même, Atelier de création radiophonique, France Culture, novembre 2007. • Putaindebordeldemerde (avec Simon Siegmann), La Bellone, Bruxelles, mai 2008. • Giverny jour et nuit (pièce sonore), Normandie Impressionnisme, Rouen, 2010. • Overflow (texte & voix : Jérôme Game / batterie & son, Jean-Michel Espitallier), Montevideo, Marseille, 2011. • Lonely People, (pièce sonore sur une vidéo originale de Yumi Sonoda), Fukuoka, Japon, octobre 2012. • Overlook’s Poems (installation), galerie la Couleuvre, Saint-Ouen, novembre 2013. • Autobiographie [extrait] (performance-installation), Fondation Lous-Vuitton, octobre 2014.

http://www.sitaudis.fr/Parutions/france-romans-de-jean-michel-espitallier.php

France romans de Jean-Michel Espitallier par Tristan Hordé

     Les noms de lieux fascinent souvent les écrivains et l’on écrirait sans trop de difficultés une histoire des emplois de la toponymie dans la littérature française. On pense de suite à Proust et à ses rêveries dans Du côté de chez Swann autour de Parme, Florence, Coutances, Bayeux — et Balbec : « c’était un de ces noms où comme sur une vieille poterie normande qui garde la couleur d’où elle fut tirée, on voit se peindre encore la représentation de quelque usage aboli [etc.] ». Le parti-pris de Jean-Michel Espitallier, différent, a quelque chose de borgésien : collectant des noms de lieux pour leur « coefficient poétique », comme il l’écrit, il a accumulé la documentation pour que chacun soit caractérisé. Le résultat est des plus heureux pour le lecteur.

     France romans contient au moins 2500 notices à raison d’une vingtaine par page sur deux colonnes, les noms étant donnés sans souci de l’ordre alphabétique. Certaines sont réduites à deux mots (« Pécorade. Gaz naturel ») et même à un seul (« Pissy. Mare », « Gavarnie. Cirque »), d’autres dépassent une colonne. L’exactitude de l’information est parfois aisément vérifiable — il y a bien un gisement de gaz naturel à Pécorade, commune des Landes —, le plus souvent ce n’est pas son authenticité qui importe, mais le fait qu’elle n’est propre en rien à tel lieu plutôt qu’à tel autre, lire : « Maffliers. Un cadavre dans une chambre d’hôtel », n’est évidemment pas une caractéristique de cette commune du Val d’Oise. Cependant ce pourrait être le début d’un roman, et l’on repèrera de très nombreuses amorces analogues relatives à des morts suspectes, à des disparitions ou à des suicides.

     Les notations qui ne présentent d’intérêt que pour les habitants d’une localité produisent un effet d’étrangeté ; elles rapportent des faits et c’est justement pour cela qu’elles conduisent à s’interroger sur l’extraordinaire quantité d’informations que chacun reçoit, lit, écoute, répète, sachant qu’elles n’apprennent rien pour agir ou pour comprendre. Ainsi, au hasard de la lecture : « Bouillon. La mairie date de 1791. », « Oyé. Fête des Tartines . », « Gouise. Bois de la Feuillasse. » D’autres renvoient à l’Histoire, précédées et suivies de notices que l’on oublie aussitôt qu’on les a lues ; ainsi, « Les Éparges. Maurice Genevoix, Ernst Jünger, Alain-Fournier. » évoque elliptiquement le combat et les massacres qui eurent lieu en février-avril 1915, et les souvenirs publiés des deux premiers écrivains cités — Alain-Fournier avait été tué ailleurs, quelques mois plus tôt. Telle personne peut être liée par hasard à l’Histoire : « Courquetaine. Eugénie Hardon, épouse du maréchal Pétain », tel lieu rappelle les heures sombres de la guerre d’Algérie, « Bias. Ancien camp de harkis », à condition pour le lecteur d’aujourd’hui de rechercher le sens de ‘’harki’’, tel autre renvoye à des temps anciens, « Champallement. Vestiges d’un camp romain »..

     Beaucoup d’anecdotes, sans doute puisées dans la presse locale, rapportent de petits faits qui, dans un roman ‘’réaliste’’, provoqueraient un effet de réel : un bouilleur de cru prend sa retraite mais a trouvé un successeur (Beaulieu-sur-Sonnette), une marginale vit avec ses animaux (Rocles), On relèvera aussi des inventions, comme « Rupt. Ses habitants sont les Ruptalopithèques », des jeux de mots (Reignat. Tangier à l’envers », de fausses énigmes, « 50480. Quel est le nom de cette commune bien connue de John Steele ? » : il suffit de proposer le nom sur internet pour obtenir la réponse. On sait qu’il y a des bizarreries dans la dénomination des lieux (« Corrèze. En Corrèze »), parfois dues à l’administration : le village de Rabat, en Ariège, est devenu Rabat-les-Trois-Seigneurs pour ne pas être confondu avec la capitale du Maroc. On sourira souvent en apprenant ce que retient Jean-Michel Espitallier à propos d’un lieu, ainsi avec « Bransles. Délit de fuite en tracteur », « La Canourgue. Foire aux célibataires », « Saint-Calais. Fête du chausson aux pommes, le premier week-end de septembre », « Hurbache. Bon anniversaire papy Gaston », etc. À propos de La Chaise-Dieu, dont l’abbaye et le festival musical attirent chaque année un public nombreux, on apprendra seulement l’existence d’un acte de grivèlerie, mais il est précisé qu’à Chaudes-Aigues existe un « festival de tatouage Cantal In’k the skin ».

     On ne lit pas d’une traite France romans, mais on s’y plonge volontiers pour retrouver ce qu’énumère la quatrième de couverture : « faits divers, légendes, statistiques, petites annonces, recettes de cuisine, devises, publicités, racontars, événements historiques, souvenirs personnels, actes administratifs, délibérations diverses etc. » Cela ressemble en partie aux almanachs d’autrefois, cela dessine une image complexe, constrastée et souvent réjouissante de la France.

 

 
 












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